
Article mis à jour le 27 septembre 2026 par M & F
L’essentiel à retenir
- Impact carbone moyen d’un email selon l’ADEME (données actualisées 2024) : 4 g CO₂eq pour un email court sans pièce jointe, 20 g avec une PJ de 1 Mo, 50 g avec une PJ de 10 Mo. Chaque destinataire supplémentaire ajoute environ 4 g.
- Volume mondial 2025-2026 : 376 à 391 milliards d’emails envoyés et reçus chaque jour (source Statista, tendance à +4 % par an).
- Volume France : environ 1,4 milliard d’emails/jour, soit ~510 milliards d’emails/an.
- Le vrai poste polluant : le stockage prolongé (data centers actifs 24 h/24, systèmes de sauvegarde) et surtout la fabrication des terminaux qui envoient et lisent les emails, pas la transmission elle-même.
- Loi REEN (n° 2021-1485 du 15 novembre 2021) : cadre légal français de sobriété numérique, avec obligation de sensibilisation dans l’enseignement supérieur.
- Le meilleur geste : se désinscrire des newsletters non lues et vider régulièrement les boîtes (spams, promotions, vieux emails). Un mail supprimé au bout d’un an, c’est 365 jours d’énergie de stockage évitée.
Après notre article sur la pollution numérique des jeux en ligne et du streaming, penchons-nous sur un geste anodin en apparence mais massif à l’échelle collective : l’envoi et le stockage des emails. Les Français échangent environ 1,4 milliard d’emails chaque jour, à l’échelle mondiale c’est 376 milliards en 2025 selon Statista. Pris individuellement, un email pèse peu ; mais accumulés, stockés en cloud pendant des années, ils représentent un poste réel d’empreinte carbone. Ce guide reprend les chiffres ADEME actualisés en 2024, explique ce qui pollue vraiment, et détaille 8 gestes concrets pour maîtriser son impact.
Sommaire
L’empreinte carbone d’un email : les vrais chiffres 2026
| Type d’email | Empreinte moyenne CO₂eq | Facteur multiplicateur |
|---|---|---|
| Email court sans PJ | 4 g | Référence |
| Email avec PJ de 1 Mo | 20 g | ×5 |
| Email avec PJ de 10 Mo | 50 g | ×12,5 |
| Email avec PJ de 25 Mo (limite standard) | ~120 g | ×30 |
| Par destinataire additionnel | +4 g | Linéaire |
| Stockage 1 email pendant 1 an | ~10 g | Bonus stockage |
Ces chiffres, référencés par l’ADEME et repris par plusieurs sources sérieuses (Sami, HelloCarbo, BPI France Bigmedia), sont des moyennes globales. Ils intègrent : la fabrication et la consommation d’énergie des terminaux (poste principal), le transport de l’information sur les réseaux, l’énergie des data centers pour transmettre et stocker. Ils varient fortement selon le mix électrique du pays hébergeur du serveur.
Extrapolation France : 1,4 milliard d’emails/jour × 4 g moyens ≈ 5 600 tonnes CO₂/jour, soit ~2 millions de tonnes/an à l’échelle nationale (uniquement pour la couche email, hors terminaux et autres usages). C’est l’équivalent de 700 000 vols Paris-New York, environ.
Le nombre d’emails dans le monde : évolution récente
| Année | Emails envoyés et reçus / jour (monde) | Évolution |
|---|---|---|
| 2021 | 319,6 milliards | Référence |
| 2022 | 332,4 milliards | +4,0 % |
| 2023 | 347,3 milliards | +4,5 % |
| 2024 | 361,6 milliards | +4,1 % |
| 2025 | 376,4 milliards | +4,1 % |
| 2026 (projeté) | ~391 milliards | +3,9 % |
Source Statista. La croissance annuelle du volume mondial se maintient autour de +4 %, portée notamment par la messagerie professionnelle et les emails commerciaux automatisés (newsletters, notifications transactionnelles, marketing).
Ce qui pollue vraiment dans un email
Contrairement à une idée reçue, le principal poste d’émission n’est pas la transmission elle-même, mais :
- La fabrication des terminaux qui envoient et lisent les emails (60 à 78 % de l’empreinte du numérique globalement). Voir l’empreinte écologique des appareils numériques.
- Le stockage prolongé dans les data centers, qui tournent 24 h/24 avec climatisation permanente. Un email stocké 5 ans consomme bien plus d’énergie que le geste initial d’envoi.
- Les sauvegardes multiples : chaque service email fait des copies redondantes (3 à 6 fois généralement) pour garantir la fiabilité.
- Les pièces jointes lourdes : multipliées par le nombre de destinataires, elles inflent rapidement le poste.
- Le trafic réseau : transmission sur les réseaux (mobile plus émetteur que fibre).
Point à recadrer : le chiffre parfois cité de « 3 % de la consommation électrique mondiale liée aux messageries » est une extrapolation contestée. Selon l’ARCEP-ADEME, le numérique dans son entier représente environ 2,5 à 4 % de l’empreinte carbone mondiale, dont la messagerie n’est qu’une petite fraction. La vraie question n’est pas « faut-il envoyer moins d’emails ? » mais « faut-il envoyer moins de pièces jointes et stocker moins longtemps ? ».
Le cadre légal français : la loi REEN
La loi n° 2021-1485 du 15 novembre 2021 (Réduction de l’Empreinte Environnementale du Numérique — REEN) est le premier texte français dédié spécifiquement à la sobriété numérique. Elle prévoit :
- Sensibilisation obligatoire des élèves de l’enseignement supérieur à l’écoconception numérique et à la sobriété.
- Obligation pour les acteurs publics de tenir compte de l’impact environnemental dans leurs achats numériques.
- Stratégie numérique responsable obligatoire pour les communes de plus de 50 000 habitants depuis 2025.
- Encouragement à l’écoconception des services numériques (référentiel RGESN).
La loi ne pose pas d’obligation directe pour les particuliers sur leurs pratiques email, mais définit un cadre général de sobriété que les entreprises et administrations doivent progressivement intégrer.
8 bonnes pratiques concrètes pour réduire l’empreinte de vos emails
1. Se désinscrire des newsletters non lues (impact majeur)
C’est de loin le geste le plus rentable : chaque désinscription supprime potentiellement des centaines d’emails par an. Utiliser Unroll.me ou CleanFox (français) pour désinscrire en masse. Objectif : réduire son volume de réception de 30 à 50 %.
2. Vider régulièrement sa boîte (spam + vieux emails)
Faire un tri mensuel : supprimer les newsletters lues, les notifications transactionnelles obsolètes (confirmations de commande passées), les alertes automatiques. Sur les gros comptes historiques, un premier nettoyage massif par tranches d’âge (>3 ans, >5 ans) libère 5 à 20 Go de stockage. La corbeille doit également être vidée régulièrement — beaucoup de messageries la conservent 30 jours.
3. Limiter le nombre de destinataires et « Répondre à tous »
Chaque destinataire supplémentaire pèse +4 g CO₂eq en moyenne. Réserver le « Répondre à tous » aux cas où le contenu est réellement pertinent pour l’ensemble des participants. Éviter le « cc ceinture-bretelles » ou la culture de la copie systématique.
4. Alléger les pièces jointes
Compresser les images (WebP, JPEG optimisé), convertir en PDF léger, réduire la résolution des photos avant envoi. Pour les fichiers > 5 Mo, préférer un lien de partage (Google Drive, Dropbox, WeTransfer, Swisstransfer, Filesender de RENATER pour l’ESR). Cela évite la duplication du fichier sur chaque boîte destinataire et son stockage pérenne.
5. Choisir une messagerie éco-responsable
Certains prestataires hébergent leurs data centers dans des pays à mix électrique décarboné (nucléaire français, hydroélectrique suisse) ou utilisent 100 % d’énergie renouvelable : ProtonMail (Suisse), Tutanota (Allemagne, énergie verte), Infomaniak (Suisse, refroidissement par air extérieur et récupération de chaleur), Mailo (France, éco-responsable). Bonus : chiffrement et protection de la vie privée renforcée.
6. Utiliser des messages courts et pertinents
Éviter les signatures avec logos lourds (souvent 200 à 500 Ko d’image ajoutée à chaque email). Préférer une signature texte simple. Prendre le temps de réfléchir à la pertinence de l’envoi : un email inutile est un email polluant.
7. Fermer sa boîte mail quand elle n’est pas nécessaire
Une messagerie ouverte en permanence en arrière-plan sollicite les serveurs par polling régulier. Fermer l’onglet le soir, ou passer en mode « consultation manuelle » plutôt qu’automatique, réduit ce trafic.
8. Préférer d’autres canaux quand pertinent
Pour une conversation courte avec un proche, un SMS ou une messagerie instantanée (Signal, WhatsApp) génère moins de trafic qu’une chaîne d’emails. Pour une décision collective à 10 personnes, un appel visio ou une réunion physique brève évite parfois 50 emails aller-retour.
Les messageries écologiques en 2026 : comparatif
| Messagerie | Localisation data centers | Énergie | Chiffrement | Modèle |
|---|---|---|---|---|
| ProtonMail | Suisse | Hydro + solaire | Bout-en-bout | Freemium |
| Tutanota | Allemagne | 100 % renouvelable | Bout-en-bout | Freemium |
| Infomaniak | Suisse | Hydro + récup chaleur | Standard | Payant à partir de 1,08 €/mois |
| Mailo | France | Mix nucléaire FR | Standard | Freemium |
| Newmanity | France | Solaire | Standard | Payant |
| Posteo | Allemagne | 100 % renouvelable | Standard | 1 €/mois |
Comparaison avec les géants : Gmail, Outlook et Yahoo Mail utilisent aussi majoritairement de l’énergie renouvelable sur leurs data centers (Google 100 % dès 2017, Microsoft objectif 2025). L’avantage des messageries dédiées reste la sobriété logicielle (moins de trackers, moins de fonctionnalités énergivores) et la protection de la vie privée.
Nettoyer sa boîte mail : la méthode complète
- Tri par ancienneté : filtrer les emails de plus de 3 ans, de plus de 5 ans, et supprimer massivement ce qui n’a plus d’intérêt.
- Tri par taille : filtrer les emails de plus de 5 Mo puis de plus de 10 Mo — souvent des pièces jointes obsolètes qui pèsent lourd.
- Tri par expéditeur : identifier les 10 expéditeurs qui remplissent le plus la boîte (newsletters, notifications). Se désinscrire.
- Nettoyage des dossiers Spam et Corbeille : vider ces deux dossiers manuellement, ne pas se fier au vidage automatique (souvent 30 jours seulement).
- Archivage local : pour les emails à conserver longtemps mais rarement consultés (documents administratifs, factures anciennes), exporter en fichier .mbox local et supprimer du cloud.
- Filtres automatiques : créer des règles pour classer automatiquement les emails à faible valeur (notifications) dans un dossier qui se vide toutes les semaines.
Foire aux questions
Combien pèse réellement un email en 2026 ?
Selon les données ADEME actualisées : 4 g CO₂eq pour un email court sans pièce jointe, 20 g avec une PJ de 1 Mo, jusqu’à 120 g pour une PJ de 25 Mo. Chaque destinataire ajoute ~4 g. Chiffres à considérer comme des ordres de grandeur, très dépendants du mix électrique du serveur hébergeur.
Faut-il supprimer tous ses vieux emails ?
Pas systématiquement. Certains emails ont une utilité juridique ou pratique (factures, contrats, correspondances importantes). Le vrai gain est sur les emails à faible valeur (notifications, newsletters lues, confirmations passées, spam). Sur un compte historique, la première session de tri peut libérer plusieurs gigaoctets.
Le mythe des 3 % de la consommation électrique mondiale liée aux emails est-il fondé ?
Non. C’est une confusion fréquente. Le numérique dans son entier représente 2,5 à 4 % de l’empreinte carbone mondiale (rapport ARCEP-ADEME), dont la messagerie n’est qu’une petite fraction. Les postes majeurs sont les terminaux et les centres de données pour le streaming vidéo.
Vaut-il mieux un lien WeTransfer ou une pièce jointe classique ?
Le lien WeTransfer (ou équivalent : Swisstransfer, Filesender RENATER, lien Google Drive/Dropbox) est plus efficient dès lors que le fichier dépasse 5 Mo. Il évite la duplication sur chaque boîte destinataire et permet la suppression du fichier après téléchargement.
ProtonMail est-il vraiment plus écologique que Gmail ?
Marginalement. ProtonMail utilise des data centers suisses alimentés en hydroélectrique, ce qui est très décarboné. Gmail utilise 100 % d’énergie renouvelable depuis 2017 et vise le carbon-free 24/7 en 2030. La vraie différence tient plutôt à la sobriété logicielle (moins de trackers, moins de features énergivores) et à la vie privée.
Comment se désinscrire des newsletters en masse ?
Deux outils recommandés : CleanFox (français, gratuit) qui analyse la boîte et permet la désinscription en un clic, et Unroll.me. Alternative manuelle : chercher « unsubscribe » ou « se désinscrire » dans les mails reçus et faire les désinscriptions au fil de l’eau. Objectif : supprimer 30 à 50 % du volume entrant.
Sources et références
- ADEME — Agir pour la transition — Guide pratique gestion de la boîte mail.
- ARCEP-ADEME — Empreinte environnementale du numérique 2024.
- Loi n° 2021-1485 du 15 novembre 2021 (loi REEN).
- Agence Nationale de la Cohésion des Territoires — L’empreinte carbone de nos emails.
- BPI France Bigmedia — Empreinte carbone d’un mail, 7 solutions pour la réduire.
- Sami — Analyse détaillée de l’empreinte carbone d’un email.
- HelloCarbo — Calculer l’empreinte carbone d’un mail.
- Statista — Volume mondial d’emails envoyés et reçus.
À lire en complément
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